mercredi, février 28, 2007

A PROPOS DES ETATS-UNIS FRANCOPHONES

A propos des NEUF (Nouveaux Etats-Unis Francophones) je propose comme acte fondateur la répudiation solennelle du colonialisme, et que la réparation ne soit pas seulement symbolique mais matérielle. La compensation financière accordée (en priorité aux jeunes) permettrait de concrétiser une nouvelle solidarité entre ex-colonisés et ex-colonisateurs. Ainsi entrerions-nous tous ensemble sur un pied d'égalité dans le 21e siècle, en créant une citoyenneté commune francophone à dimension mondiale. De même je propose qu'à cette occasion, et en guise de préambule à l'acte fondateur, le racisme et l'antisémitisme soient solennellement mis hors la loi au sein de cette Confédération multi-raciale. Concernant la grande Conférence sur le Proche-Orient une démarche identique me paraît nécessaire, à savoir qu'elle devrait s'ouvrir par une répudiation également solennelle du colonialisme illustré par l'inique Traité de San Rémo qui fut imposé aux peuples de la région en 1920 sans aucune consultation démocratique.
Gabriel Enkiri, candidat au 1er tour de la Présidentielle.

samedi, février 24, 2007

GABRIEL ENKIRI MENACÉ !

Après la publication de mon communiqué de "pré-campagne", j'ai reçu le "message" suivant sur mon ordinateur. Je savais que mon analyse sur le "génocide des juifs" était particulièrement percutante et convaincante et que l'on se garderait bien d'y répondre autrement que par le silence... ou l'insulte... ou la menace ! Le temps a fait son oeuvre, et aujourd'hui le "mystère" s'est dissipé. Les historiens doivent se remettre au travail !

Monsieur,
Les propos ignobles que vous tenez sur Israël et sur le peuple juif méritent une sévère réaction... Vos "analyses historiques" ne sont en fait qu'un ramassis de mensonges haineux, de contre-vérités historiques, et de manipulations diverses. Vos propos sont dignes du Mein Kampf d'un auteur que vous admirez sans doute. Nous vous combattrons Monsieur et vous empêcherons vous et vos amis de réouvrir les chambres à gaz.
La vérité triomphera contre les néo-nazis que vous êtes.
Nos amis commencent sur le champs la campagne pour vos NON signatures ! Vous aurez de nos nouvelles.
Vous êtes une injure à la dignité humaine !!!

vendredi, février 23, 2007

COMMUNIQUÉ DE PRÉ-CAMPAGNE




A l'heure où débute la course officielle aux parrainages, je tiens à rappeler que je souhaite la candidature de Jacques Chirac, et que j'attends par conséquent de connaître sa décision avant d'annoncer la mienne. Si Jacques Chirac se représente, je me rallierai bien entendu à son « comité de soutien ». S'il renonce à être candidat, il me restera deux solutions : soit je décide de me rallier à un (ou une) candidat, ou je lancerai un appel aux Maires de France pour qu'ils m'accordent leur parrainage. Peut-être y en aura-t-il 500 qui auront à cœoeur d'affirmer leur indépendance d'esprit ?

Je rappelle les objectifs majeurs d'une programmation que je souhaite voir adopter par un candidat en mesure d'être élu, étant donné que ma candidature, au 1er tour, n'a pas d'autre but que de les faire connaître.

1) Une grande Conférence internationale – que j'appelle la Conférence du Siècle – qui pourrait se tenir à Beyrouth, ou à défaut à Genève, afin d'enrayer l'engrenage qui nous conduit inexorablement à une nouvelle guerre mondiale, laquelle a déjà commencé au Proche-Orient. L'instauration d'une paix « juste et durable » dans la région ouvrant la voie à la création d'un Marché Commun Méditerranéen (MCM).

2) Fondation de Nouveaux Etats-Unis Francophone (NEUF) avec le Québec, la Wallonie, les DOM-TOM, et la Corse, si les Corses expriment, au moyen d'un referendum, le souhait de rejoindre la Confédération d'Etats souverains qui donnera naissance à une citoyenneté mondiale d'expression française.

3) Création d'une Confédération européenne, prioritairement autour du couple franco-allemand.

4) Sur le plan intérieur organisation d'une grande consultation sociale (un super-Grenelle) entre le Medef, les syndicats et le gouvernement afin d'établir un Nouveau Contrat Social dont l'acte fondateur sera l'abolition du chômage par la création d'un revenu minimum vital pérenne qui fera disparaître à tout jamais le « chômeur » de la vie économique et sociale.

5) Fondation en Seine Saint-Denis (le fameux 9-3 !) d'un grand club omnisports, basé au Stade de France, dénommé COP (Club Olympique Physique), dont les membres, adhérents et supporteurs seront des COPAINS, conjointement avec une Cité internationale francophone sur le modèle d'une Exposition Universelle (Cité Jules Verne) et une Université francophone, qui feront de ce département à majorité immigrée l'épicentre de la Francophonie.

6) Transformation des conseils de prud'hommes en véritable Cour de Justice Sociale chargée d'arbitrer tous les conflits sociaux, tant individuels que collectifs.

Il va de soi que, pour moi, il sera plus facile de réaliser ces objectifs majeurs, et déterminants pour notre avenir, si Jacques Chirac reste encore quelque temps à l'Elysée, avec Dominique de Villepin au Quai d'Orsay et Jean-Louis Borloo à Matignon. C'est ce que j'ai indiqué, avec insistance, à Jacques Chirac et à Claude Chirac, dans un courrier que je leur ai adressé récemment.

Paris, le 22 février 2007

mercredi, février 21, 2007

Gabriel Enkiri (photo d'identité)

Gabriel Enkiri

1932-20?? Né à Paris.
Pour tout savoir sur
l'auteur, lire son auto-
interview publiée ci-
dessous...

Gabriel Enkiri

mardi, février 20, 2007

AUTO-INTERVIEW DE GABRIEL ENKIRI




UN DOCUMENT EXCEPTIONNEL SUR LA VIE POLITIQUE FRANÇAISE...
DEPUIS 1939 JUSQU'A NOS JOURS !

ENKIRI, Gabriel

Observateur de la vie politique, gaulliste puis communiste (jusqu'en 1956)

Auteur récemment de "Israël, un projet funeste", format poche (11x17) 164 pages, éditeur : Alif
Distributeurs : Librairies Al Ghazali (29, rue Moret 75011 Paris), Librairie de l'Orient (18, rue des Fossés-Saint-Bernard 75005 Paris), près de l'IMA (en vente également à l'IMA, dans les Fnac, et sur Amazon, Alapage etc.).

Gabriel Enkiri vient de publier une analyse sur le "génocide des juifs" que le site RJLiban reprend intégralement. Vous pouvez le consulter ici : http://www.rjliban.com/

CE TEXTE A ÉTÉ PUBLIÉ PAR JEAN ROBIN SUR SON SITE TATAMIS SOUS LA FORME D'UNE AUTO-INTERVIEW.
DEPUIS, JEAN ROBIN A PUBLIÉ DEUX OUVRAGES "ILS ONT TUÉ LA TÉLÉ PUBLIQUE" ET "JUDEOMANIA" AUX ÉDITIONS TATAMIS , UNE MAISON D'ÉDITION QU'IL VIENT DE CRÉER.
AYANT ÉTÉ CONTRAINT DE FERMER SON SITE, JE LE RÉCUPÈRE SUR MON BLOG. JE REMERCIE JEAN ROBIN DE M'AVOIR DONNÉ LA PAROLE ET SOUHAITE BONNE CHANCE A SA JEUNE MAISON D'ÉDITION !













L'AUTO-INTERVIEW


de Gabriel Enkiri

Gabriel Enkiri - Pourquoi croyez-vous avoir - à un moment donné - "raté votre vie" alors qu'elle avait si bien commencé ?

Réponse - En vieillissant, alors que l'heure du "grand départ" se rapproche à vive allure, je me pose cette question quasiment tous les jours ! Etait-il possible de faire autrement ? De vivre une autre vie en somme ? D'être un autre... Je ne le pense pas : chaque être appartient à son temps, et plus il s'engage dans ce temps, plus il lui colle à la peau. J'ai réellement l'impression d'être une "créature" du XXe siècle, inséparable, témoin et acteur : je ne pouvais être que moi-même...

Gabriel Enkiri - Si je vous comprends bien, vous n'agiriez pas autrement, vous referiez le même chemin !

Réponse - Oui, à cette différence près : que j'aimerais, à quinze ans, savoir ce que la vie m'a appris, jusqu'à ce jour ! Il me semble que je regarderais autour de moi, les êtres et les choses, avec un certain sourire. Mais il faut que je vous l'avoue : j'ai toujours eu ce sourire aux lèvres qui avait le don d'agacer mes professeurs au lycée, à Lorient. Ils se demandaient, les pauvres, si je me moquais d'eux. N'était-ce pas tout simplement une certaine prescience de ce qui m'attendait ? Une preuve de lucidité en somme, le refus d'être dupe...

Gabriel Enkiri - Un jour Paul-Marie de la Gorce, un type qui ne manquait pas d'humour, vous a dit, au cours d'un déjeuner fort sympathique :" Vous avez commis deux erreurs dans votre vie : vous avez adhéré au PC, 1ère erreur, et vous l'avez quitté, 2ème erreur !". Bien sûr, c'était une boutade. Mais que vous inspire-t-elle ?

Réponse - Je lui en ai voulu sur le coup. J'avais là devant moi un journaliste connu, une vedette des medias, que mon parcours politique amusait visiblement. Sans doute étais-je vexé d'être un objet de divertissement. Et puis, très vite, j'ai apprécié sa réflexion en apparence idiote, je me suis retrouvé dans cet humour, sans doute cousin de l'humour anglo-saxon.

Gabriel Enkiri - Cet engagement communiste vous a marqué profondément. Vous y avez cru, vous aviez vingt ans, n'est-ce pas ?

Réponse - Oui, bien sûr, mais je m'en suis rapidement dégagé, et par la lutte, et par le combat. Je travaillais alors en usine, à la SNECMA, à Paris, dans le 13e arrdt, face au vieux stade Charlety. Ce sont les ouvriers de l'atelier, le fameux hall du rez-de-chaussée où le Ministre de l'Air de l'époque, Charles Tillon, venait faire ses discours, qui m'ont aidé à "sortir" du PC. Je n'ai eu aucun problème de conscience, alors que dans les cellules "bourgeoises" les membres du parti avaient l'impression de "trahir" lorsqu'ils étaient exclus ou démissionnaires... Moi, je savais que le parti n'était pas le "parti de la classe ouvrière".

Gabriel Enkiri - Après le PC, vous avez rejoint la Nouvelle Gauche en 1956, l'année du grand tournant, et vous avez "fréquenté" les grands leaders de la gauche non-communiste, les Rocard, les Martinet, les Bourdet, et tous ces militants trotskistes "révolutionnaires" du camarade Lambert... Comment les "regardez-vous" aujourd'hui ?

Réponse - C'était la fin, et nous ne le savions pas. Voilà pourquoi je suis toujours resté à l'écart, sur la touche, bien que l'on eût fait de moi une sorte de "héros de la classe ouvrière"' ! J'étais la "classe ouvrière" marchant vers le socialisme et la révolution. Dans ma cellule bourgeoise du PC, dans le 17e arrdt (où il n'y avait que des intellectuels, des artistes, des médecins) j'étais déjà l'ouvrier "en lutte contre le capitalisme" (à la SNECMA) - car j'avais deux cellules, celle de l'usine, et celle du 17e où je logeais dans une pièce-débarras dans une arrière-cour. Mon engagement dans le communisme avait d'ailleurs commencé d'une manière tout à fait exceptionnelle. En rentrant d'Allemagne, où j'avais fait mon service militaire, en 1953, je fonçai de la Gare de l'Est au Carrefour Chateaudun, le siège du Comité Central et, après avoir sonné et frappé la grosse porte blindée, j'entendis derrière un guichet grillagé un homme crier :" Qu'est-ce que tu veux ?" - Je viens adhérer au Parti ! Et la porte s'ouvrit, et l'homme qui me fit remplir mon bulletin d'adhésion sous le portrait du camarade Staline rayé d'un bandeau noir (le "génial Père des Peuples" nous avait quitté quelque temps auparavant) n'était pas n'importe qui ! C'était Auguste Lecoeur en personne, le "secrétaire à l'organisation", le propre dauphin de Maurice Thorez ! Je suis entré dans le "parti de la classe ouvrière" par la grande porte, d'autant que, quelque temps plus tard, envoyé à la SNECMA par Auguste Lecoeur "pour reconstruire le parti" qui avait été décimé par les chars de Jules Moch, sur le boulevard Kellermann, je reçus ma première carte de la CGT des mains mêmes de Georges Marchais, alors secrétaire de la CGT de la métallurgie à Issy-les-Moulineaux !


















2ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri

Gabriel Enkiri - Lorsque vous prétendez être "prophétique", que voulez-vous dire par là ? Que vous prévoyez les événements ? Que vous auriez un don de "divination" ? Ne serait-ce pas vos origines "orientales", en fin de compte, qui transpireraient dans votre discours, allez, disons-le, messianique ?

Réponse - Je n'ai pas connu mon père. Il est venu en 1900 à Paris - il avait tout juste 20 ans - de Saint-Jean-d'Acre où il est né en 1879. Certes, il s'agit d'une ville fameuse, de l'Antiquité à nos jours. Et ce qui m'impressionne, c'est que mon grand-père, Pierre Enkiri (ou Enchiri) est né à Lyddie (Lod aujourd'hui en Israël) en 1833 ! Je peux donc imaginer que mon arrière-grand-père a soutenu le siège de Bonaparte en 1799 ! Je ne sais pas trop bien qui étaient les Enkiri, sauf que c'étaient des chrétiens maronites installés en "terre sainte" probablement au 18e siècle, à An Nachoura, poste frontière aujourd'hui entre le Liban et Israël, d'où le nom de Enkiri (pour An Nachoury), ce que confirme Abdallah Naaman, le conseiller culturel du Liban à Paris dans son monumental ouvrage paru récemment aux éditions Ellipses ("Les Orientaux de France"). Lorsque je me suis rendu au Liban en 1970 pour y faire un reportage pour le journal Combat (en réalité je voulais découvrir ma famille "libanaise") et c'est Philippe Tesson, alors rédacteur en chef du journal, qui m'avait payé le billet d'avion, j'ai rencontré pratiquement tout le monde, Libanais et Palestiniens dans les camps de Beyrouth et de Saïda. A ce propos, je veux saluer la mémoire de Georges Haoui qui vient d'être assassiné; lorsqu'il m'a reçu, il était jeune, une trentaine d'années, et je me rappelle fort bien l'entretien qu'il m'a accordé. Il était très sympathique, et je fus surpris d'apprendre qu'il était chrétien, mais il est vrai que dans la gauche et l'extrême-gauche libanaise, il y avait beaucoup de chrétiens aux côtés des musulmans. Je le revois encore lever les bras au ciel lorsque je lui ai dit :" Vous vous rendez compte, George Haoui, que vous avez aidé les juifs à s'emparer de la Palestine en 1948 ? Vous, des Arabes ! Le pauvre s'est écrié :"Ah ! si c'était à refaire ! Croyez-moi que l'on ne vous suivrait pas. Car c'est vous, les communisres français (je lui avais dit que j'avait été membre du PCF, et que j'en avais été exclu en 1956) qui étiez complètement aux ordres de Staline, et le N°1 dans les partis dirigeants, c'est vous qui nous avez entraîné en faveur des sionistes ! Vous étiez les vrais dirgeants à l'ouest du mouvement communiste, et particulièrement des partis arabes au Maghreb et au Machrek.
Je dois avouer que c'est Haoui qui m'a "mis la puce à l'oreille"'. Et j'espère que Marie-Georges Buffet ayant ouvert enfin les archives du PCF, va nous permettre d'y voir plus clair dans cette sombre période qui va - de 1939 à 1949 (mais je vais y revenir).
En 1970 donc, j'ai rencontré tout le monde au Liban, et notamment le Patriarche Paul-Pierre Méouchi qui m'a reçu, ma compagne et moi, dans sa résidence estivale de Bkerké en s'écriant "Ah ! Comme je suis content d'accueillir un parent breton !" J'étais sidéré, et lui de m'apprendre (il le tenait de sa grand-mère qui ne racontait pas d'histoires !) que les Enkiri étaient des Méouchi qui avaient quitté la montagne libanaise pour aller s'installer en Terre Sainte près de St-Jean-d'Acre, à An Nachoura, d'où ce nom de Nachouri (ceux de Nachoura) nom francisé en Enkiri par les pères maronites de la région... Le Patriarche Méouchi fut un grand politique, et Le Liban aurait bien besoin de lui en ce moment !

Gabriel Enkiri - Vous n'avez pas connu votre père, et cependant, vous semblez être fort influencé par vos "origines" libanaises !

Réponse - Exact ! C'est toujours le problème de l'absent qui devient, avec le temps, de plus en plus présent. Avant de revenir à mon père, nous allons faire un petit détour par la Bretagne maternelle !























3ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri


Mes yeux se sont ouverts sur le monde le 3 septembre 1939 à Hennebont, dans le Morbihan. Mme Hello criait, en traversant la route de Lorient "Ça y est : c'est la guerre ! L'Angleterre a déclaré la guerre ce matin, la France c'est pour ce soir à 17h !".

Gabriel Enkiri - Vous alliez sur vos huit ans, vous êtes né le 1er janvier 1932, je crois ?

Réponse - Je ne saurai jamais quand je suis né ! Mon père a triché, il voulait me faire gagner une année ! Ma mère ne se souvenait plus si j'étais né le 30 ou le 31 décembre 1931. En tout cas, mon père a eu du flair; cette petite tricherie m'a évité d'être rappelé en Algérie en 1956 : j'étais du contingent 52/1 et le rappel s'est arrêté au 51/2 !
J'ai eu une enfance heureuse, formidablement heureuse en Bretagne. Ma grand-mère ne parlait quasiment que le breton, et ma mère parlait les deux langues, le breton et le français, mais nous les deux garçons nous ne parlions que le français ! Le premier "incident" qui a marqué ma vie c'est la "bataille" qui a opposé le curé de St-Caradec à ma mère lorsqu'elle a pris la décision (pour des raisons financières) de me mettre à l'école laïque... plutôt qu'à St-Hervé, alors que j'étais l'enfant de choeur préféré de "Job-la-Canne" ! Il est venu faire une scène épouvantable à ma mère. Je le revois dans le jardin la menaçant d'excommunication :" Vous n'avez pas le droit, Suzanne, de mettre votre enfant à l'école du Diable !" Elle a tenu bon, et j'ai eu la chance d'aller à l'école de la Vieille Ville !

Gabriel Enkiri - Je sens que vous avez gardé de votre enfance des souvenirs que vous chérissez. Accélérez tout de même, car nous serons encore là dans huit jours !

Réponse - Comment passer la guerre sous silence ? Car j'ai eu une guerre heureuse ! Les bombardements, la fuite au Mans, puis en Haute-Savoie à Megève, ou mon oncle Marcel Tisserant était directeur de l'Hôtel du Mont d'Arbois, la Résistance, les parachutages, et la Libération ! Le 8 Mai 1945, Place de l'Etoile à Paris avec de Gaulle, et une foule immense qui faillit m'écraser. Quel bonheur ! Le Dictateur au Gaumont, Place Clichy, Pourquoi nous combattons au Cinéac des Ternes, un mois au Lycée Carnot, avec Jacques Chirac ! Du moins, je l'imagine puisque nous avons le même âge, et qu'il est, lui aussi, un ancien du Lycée Carnot !

Gabriel Enkiri - Vous avez rêvé tout cela ?! On me dit même que vous avez rencontré de Gaulle en Irlande en 1950 ?

Réponse - C'est la vérité, la pure vérité ! Il s'agit de faits insignifiants que j'ai métamorphosés en événements. J'ai parfois l'impression qu'il ne s'est rien passé dans ma vie, et que je la meuble avec des souvenirs enthousiasmants ! Des petits riens qui font une épopée ! Adolescent, j'avais besoin d'un père, et tout naturellement j'ai choisi le plus illustre des Français : de Gaulle ! Je l'ai retrouvé en Irlande au Shelbourne Hotel, à Dublin, où mon oncle m'avait envoyé travailler à la réception de l'hôtel pour y apprendre l'anglais. Le général, qui avait comme on sait une mémoire d'éléphant, m'a reconnu : il était, comme moi, éberlué ! Le soir même, il m'a fait quérir par le directeur de l'hôtel, Mister Malloy, et je suis resté avec lui quelques minutes dans son appartement, tandis que tante Yvonne, assise dans un fauteuil, parcourait des illustrés, en nous observant du coin de l'oeil, visiblement amusée par le tableau : le général me révéla qu'il avait une ascendance irlandaise et se saisissant d'un livre consacré à la vie d'O'Connell, il m'énonça avec fierté et admiration :" Le plus grand combattant de l'Irlande ! L'auteur de ce livre n'est autre que ma grand-mère maternelle, Joséphine Maillot, la fille de mon arrière-grand-mère irlandaise !". Cette révélation m'avait enthousiasmé : il y avait bien une parenté entre O'Connell et de Gaulle, les deux géants de l'Irlande et de France !



















4ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri


Au Shelbourne hotel, l'hôtel le plus prestigieux de Dublin, j'ai vu arriver Charlie Chaplin avec sa jeune femme Oona, la fille du grand poète irlandais O'Neill, et John Kennedy, qui briguait le siège de sénateur à Boston, avec la séduisante Jackie qui me confia en riant, avec un charmant accent américain :" Moi aussi je suis un petit peu française, j'ai de la famille en France, Bouvier, vous connaissez ?". Le futur Président des Etats-Unis me demanda alors - en anglais - ce que je pensais du "Général Charles de Gaulle". Je me souviens lui avoir annoncé triomphalement que "le général de Gaulle reviendrait au pouvoir l'année prochaine, en 1951" ! Là, je me suis planté, il n'est revenu au pouvoir qu'en 1958... 1950, c'était l'année de la "guerre chaude" en Corée, et beaucoup redoutaient une guerre nucléaire, un avant-goût de cataclysme qui inspira Avant le déluge, le film d'André Cayatte... Je n'ai pas vu Churchill - détesté par les Irlandais obsédés par les "six Comtés du Nord" qu'il leut fallait, à tout prix, reprendre aux Anglais. Il est pourtant venu participer à cette "conférence au sommet", en cachette. "Il ne viendra certainement pas au Shelbourne", m'avertit Paddy, mon jeune co-équipier à la réception de l'hôtel. Paddy, il est vrai, était un sympathisant de l'Armée républicaine.

Gabriel Enkiri - Comment êtes-vous passé du "gaullisme" au "communisme" ? N'est-ce pas surprenant ?

Réponse - Comme vous le devinez, j'ai une double identité. En Irlande, c'est mon identité bretonne qui a pris possession de moi, d'une manière contradictoire. Car moi j'admirais Churchill bien sûr. Au contact des Irlandais un peu fous (d'Irlande) j'ai découvert une Bretagne que j'ignorais complètement : celle des Breiz atao (indépendantistes). A la Saint-Patrick, Paddy m'invita à une drôle de réunion : dans une salle, une grande cave m'a-t-il semblé, plusieurs dizaines de Bretons, condamnés à mort pour la plupart, par contumace, ou aux travaux forcés, fêtaient la Saint-Patrick avec leurs amis irlandais ! A l'entrée, un cerbère me demanda si j'étais Breton. Je lui répondis "Breton et Français". "Nous n'acceptons ici que les Bretons" fit-il en me repoussant. Mais Paddy, habile négociateur, finit par m'imposer ! J'ai mangé des crêpes bretonnes absolument " bretonnantes" en Irlande !

Gabriel Enkiri - Ne me dîtes pas que vous êtes passé au communisme en avalant une bolée de bon cidre "bien de chez nous" !

Réponse - Ah ! Ah ! Le cidre mousseux (c'est celui que je préfère) m'a souvent accompagné dans mes élans libérateurs. En Irlande, voyez-vous, ce qui m'a sidéré et révolté c'est l'emprise de l'Eglise sur les âmes et sur les corps. En ce temps-là, l'Eglise catholique était encore omnipotente (aujourd'hui je sais que cela a bien changé). Je me souviens que je serrais les poings lorsque je passais devant une église ! Je m'imaginais lançant des grenades, pulvérisant l'autel et son prêtre assermenté. A coup sûr, mon anti-cléricalisme, né en Bretagne contre Job-la-Canne, atteignit des sommets dans les rues de Dublin. Par ailleurs, la région lorientaise, et notamment à Hennebont où les frères Trottier, des industriels venus d'ailleurs, avaient construit Les Forges sur les rives du Blavet, à Lochrist, à la fin du siècle dernier (19e), était devenue "rouge", très rouge même, avec l'Arsenal de Lorient, sur l'autre rive, celles du Scorff, dans la rade de Lorient. La ville avait été rasée en une nuit par les bombardements alliés, qui visaient la fantastique base sous-marine construite par les Allemands. Mon oncle Joseph Jamet avait travaillé sur les chantiers et il nous avait raconté que les bombes qui tombaient sur eux - ils continuaient de travailler dessous ! - faisaient à peine trembler les murs en béton, de plusieurs mètres d'épaisseur ! Les Anglais incendièrent la ville en une nuit, et nous partîmes tous le lendemain, qui par route, qui par train de marchandises (ce fut mon cas). Mais je vous l'ai dit : j'ai eu une enfance heureuse même pendant la guerre. C'est après la guerre que j'ai changé de monde.
















5ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri


Gabriel Enkiri - Si je comprends bien, c'est le passage à l'adolescence qui fut difficile ?

Réponse - Quand je suis revenu chez moi, en Bretagne, à la fin de la guerre, j'avais treize ans, le paradis de mon enfance avait disparu et cédé la place à un champ de ruines ! Partout, des trous béants, des rues qui n'avaient plus de nom. Par chance, notre maison, et le quartier chez nous à Hennebont, avaient peu souffert. Quelques bombes, quelques murs renversés, nous étions des sinistrés partiels ! Dans la poche de Lorient, les Allemands avaient résisté jusqu'au bout, jusqu'au 8 Mai 1945 ! Et Hennebont, somme toute, avait été détruite après la Libération par les Allemands qui bombardaient les environs de Lorient et effectuaient des razzias pour survivre. D'où une certaine rancoeur à l'égard des Alliés et des Résistants. Le Lycée Dupuy-de-Lôme, qui avait émigré à Guémené pendant la guerre, était revenu à Lorient, reconstruit provisoirement dans des baraques. Alors que j'avais été jusque là un bon élève, j'ai sombré rapidement, année après année, d'où ce départ pour l'Irlande fin 1949. Curieusement, c'est dans cette ville ultra-catholique, Dublin, que je me suis senti devenir communiste. Le coup de grâce m'a été donné en juin 1951 lorsque le RPF de de Gaulle (que j'avais rallié dès sa fondation, en 1947, à quinze ans !) échoua aux législatives ! De Gaulle décida, très rapidement, l'année suivante, de rentrer à Colombey. J'étais orphelin. Donc disponible pour un nouvel engagement. Je devançai l'appel fin 1951, et partis faire mon service militaire en Allemagne. Là, je fis la connaissance d'un jeune communiste, parfaitement sincère, dont le père travaillait à la RATP, et militait à la CGT. Nos discussions furent vives et passionnées, et peu à peu mon anti-communisme fondit comme neige au soleil. J'avais pourtant lu J'ai choisi la Liberté de Kravchenko, et le livre sur les camps de concentration de David Rousset. "Toi, un type intelligent ! Comment peux-tu croire les bobards de la presse bourgeoise !" m'assénait jour après jour mon compagnon de chambrée. Lorsque je pris ma décision, j'écrivis au Comité Central pour commander un certain nombre de brochures, et le dernier livre du "génial" camarade Staline "les problèmes du socialisme en URSS". C'était au lendemain du 19e Congrès du PCUS tenu en octobre 1952 à Moscou. Mais il me fallait également écrire à "mon père", retiré à Colombey-les-deux-Eglises (c'est le cas de le dire : j'avais bien deux Eglises !). Je lui expliquai longuement que j'étais vraiment tenté par le communisme, en dépit de ses "défauts", et des "camps de concentration" en URSS (car là j'avais du mal à croire complètement mon camarade de chambrée lorsqu'il prétendait qu'il s'agissait "sûrement" de camps de "rééducation" !). Je reçus donc une réponse de Colombey, j'ai perdu cette lettre, hélas, mais je ne sais plus si elle émanait du Général, ou de l'un de ses secrétaires, mais, en tout cas, ma lettre avait été lue "attentivement" car elle me répondait presque point par point. Je me souviens que mon correspondant me disait que j'avais tort de considérer le "parti communiste comme étant le parti de la classe ouvrière", et il s'appuyait sur les élections législatives de 1951 pour démontrer que "seule une minorité d'ouvriers" avait voté pour le PCF. Selon lui, les employés étaient bien plus nombreux que les ouvriers, et ceux-ci avaient voté en majorité pour les partis non-communistes, en conséquence on ne pouvait plus dire que le "parti communiste était le parti de la classe ouvrière". Il avait raison, et je l'ai découvert plus tard. Il terminait en disant "comprendre" mes états d'âme, mais que je devais être patient (c'est la première fois que l'on me parlait de patience, qu'il fallait être patient, apprendre à être patient...). Ah oui ! Je peux le dire : par la suite j'ai appris à l'être, patient !). En conclusion, le correspondant de Colombey me disait "que j'étais libre de mon choix".
A Colombey, le Général allait pouvoir écrire ses Mémoires. Mais moi, à vingt ans, j'avais besoin de croire !























6ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri


Gabriel Enkiri - Et c'est pourquoi vous avez couru Carrefour Chateaudun vous inscrire au parti !

Réponse - Là, je me rends compte que j'avais tout faux, c'était la fin du communisme. Quelle erreur ! Il s'agit bien de la première erreur dont parle Paul-Marie de la Gorce. Ce qui m'a sauvé, c'est la SNECMA, c'est mon entrée en usine. Ma découverte de la vérité fut rapide et foudroyante. J'arrivais de Bretagne, provincial un peu niais - bien qu'ayant transité par l'Irlande et l'Allemagne. Je me souviens de mon étonnement le jour où j'arrivai devant la grande usine du Boulevard Kellermann; j'avais à mes côtés un de mes camarades d'atelier. Il me poussa du coude et me dit :" Oui, tu vois, les ouvriers viennent maintenant travailler en bagnole !". En effet, le terre-plein entre le stade Charlety et la SNECMA était bourré de voitures, toutes alignées à perte de vue sur le boulevard. Moi qui croyais que la voiture était un luxe que seuls des gens riches pouvaient se payer ! (A Hennebont, les voitures étaient rares). Ici, les ouvriers en possédaient une ! Et à l'intérieur de l'usine, quelle surprise ! Certes, la SNECMA était ce qu'on appelle une usine moderne - elle fabriquait des moteurs d'avions - bien plus moderne que Panhard, de l'autre côté de la Porte d'Italie, qui fabriquait des voitures ! Les ouvriers étaient des professionnels qualifiés, avec bien sûr des O.S. dont j'étais; les techniciens, les ingénieurs étaient également nombreux. Les ateliers étaient propres, et les grosses machines impressionnantes. L'usine donc avait été lock-outée, quelque temps auparavent, sur décision gouvernementale. Depuis la Libération, le parti contrôlait quasiment toute l'industrie de la métallurgie, avec Renault et la Snecma en bastions. Et le 13e arrdt, avec ses quartiers ouvriers, était devenu un fief du PC. Pour un carreau cassé, le PC et la CGT étaient capables d'arrêter l'usine. On ne comptait plus les débrayages : pas un jour sans ! Le Ministre de l'Air, Charles Tillon, règnait en maître sur les usines d'aviation. Le mutin de la Mer Noire, Charles Marty, grand rival de Maurice Thorez, était un vieux député du coin. On respirait l'odeur d'huile brûlée jusqu'à la fameuse Butte-aux-Cailles où l'ouvrier Varlin, pendant la Commune de Paris, en 1871, avait été agressé et mutilé par des "versaillaises"... Le Ministre de l'Intérieur, le socialiste Jules Moch, envoya les chars sur le boulevard Kellermann pour expulser les communistes de l'usine ! Et la direction réembaucha, après enquête, chaque ouvrier, mais comme me l'avait expliqué Auguste Lecoeur, alors dauphin de Maurice : " ils ont été obligés de reprendre des membres du parti, car parmi eux, il y a beaucoup de professionnels qualifiés... ! Ils ont besoin de jeunes types comme toi !". J'ai revu plus tard Auguste, après sa msytérieuse exclusion, porte de la Villette, il était devenu routier pour gagner sa vie. Il m'a reconnu ! Je lui ai raconté ce qui m'était arrivé. Il est resté tout songeur, au bas de son camion :" C'est Vermersch et Duclos qui m'ont fait barrage... " a-t-il murmuré. Je lui ai alors confié que j'écrivais un livre, un roman "pour raconter ce que j'avais découvert à la SNECMA" - Moi aussi, je vais écrire un livre, un gros livre comme ça, m'a-t-il fait en écartant les bras.






















7ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri


Gabriel Enkiri - Vous avez peut-être eu tort d'entrer au PC, mais pourtant vous y êtes entré au bon moment !

Réponse - C'est vrai : Staline venait de mourir. Et, conjointement, la France entrait dans le XXe siècle ! Je l'ai vu, de mes propres yeux, je puis en témoigner : la France est entrée dans le XXe siècle en 1954, sur le boulevard Kellermann ! Les voitures, certes, sur le terre-plein. Mais à l'intérieur ! Les ouvriers se battaient pour faire des heures supplémentaires, ils voulaient gagner plus... pour acheter les biens de consommation, le confort domestique, la cuisine, le frigo, et les congés ! Bref, les ouvriers devenaient des consommateurs, des salariés consommateurs. Et la télévision, par là-dessus, a fait le reste ! C'est en 1954 que, pour la première fois, nous avons découvert la télé, à l'occasion de la fameuse coupe du monde de football où l'extraordinaire équipe de Hongrie s'illustra et perdit en finale contre l'Allemagne de l'Ouest, au grand désespoir des puristes qui n'avaient jamais vu jouer au football "comme ça !". Nous regardions les matchs, agglutinés sur le trottoir devant les télés installées dans les vitrines des magasins. Bientôt on dirait (comme pour JC) "avant la télé", "après la télé"... Je suis arrivé à ce moment-là, et comme j'étais jeune et "ouvert" (et non pas sectaire comme l'étaient les autres membres du PC) et surtout, désireux de comprendre pour agir efficacement, je ne repoussais pas les anciens, je ne les traitais pas de renégats, et qu'est-ce que j'entendais ! Un déluge de récriminations, de critiques plus ou moins radicales... contre le Parti ! Et moi, tout bêtement, je me disais "si le parti veut agir, être efficace, il faut qu'il retrouve la confiance des travailleurs, parce que là, il l'a perdue ! - Te rends-tu compte, me disaient-ils, c'est le parti qui gouvernait ici, à la Libération, on les a vus à l'oeuvre, c'est eux qui ont inventé les "chronos", il fallait battre les records de production comme en URSS ! Le mec qui protestait était traité de "saboteur", on était fliqué, dénoncé en cellule comme "mauvais travailleur". Ça râlait dûr. (Je n'en croyais pas mes oreilles). Aussi, m'ont-ils appris, quand la grève a éclaté chez Renault (25 avril 1947). Ah, la grève Renault ! On en causait sacrément à la SNECMA. "Et si on faisait comme eux ?" Voilà que les gars de la Fédé (de la métallurgie) débarquent à la cantine (vaste salle située tout en haut du bâtiment). On s'attend à ce qu'ils nous appellent à rejoindre la grève. Stupeur ! "Ils dénoncent les grévistes, des provocateurs, des trotskistes manipulés par la police, ça discutait dur dans les ateliers; le lendemain, les grévistes viennent à leur tour nous dire pourquoi ils font grève " pour l'augmentation des salaires (bloqués), contre les cadences infernales..." Oh ! la ! la, les gars du parti, ils n'en menaient pas large... Et le lendemain, revoilà les gars de la Fédé :" Tous en grève ! Pour l'augmentation des salaires ! Contre les cadences infernales ! La grève Renault est une grève juste ! Grève générale, camarades !" Ils se sont fait alors éjecter du gouvernement par le socialiste Ramadier. Il y avait de la rancoeur, et de l'incompréhension, c'est sûr, dans les ateliers où avait sévi le "parti de la classe ouvrière". Là aussi on peut dire qu'il y a eu conjonction de deux forces : un rejet des méthodes communistes (et donc du PC) et un appétit de consommation : nous entrions dans la société de consommation, je dirais, "à l'insu de notre plein gré".
Difficile de comprendre les événements en pleine action, ou qui sont même parfois en action "souterraine". Il faut, comme on dit, avoir du "pif", savoir répérer les indices, bref être un peu magicien. (La même invisibilité va se reproduire en Mai 68 ! On en reparlera).
A la tête du PC, Maurice Thorez s'inquiète. Soigné en URSS, il revient, amoindri physiquement, mais en bonne forme intellectuelle. Son retour précipite la chute d'Auguste Lecoeur, le dauphin prématuré. Il a vu à Moscou une "direction collective" succéder à Staline, et il découvre à Paris un parti affaibli, divisé en clans. Il tente de reprendre les choses en mains, et pond une incroyable thèse sur "la paupérisation absolue de la classe ouvrière" ! Il veut absolument "démontrer" que les travailleurs vivent plus mal qu'au 19e siècle ! La démonstration sera difficile, et pour cause, je puis en témoigner ! La cellule bourgeoise du 17e arrdt me confie le soin - puisque je suis le seul "ouvrier" de la cellule ! " - de rapporter et d'illustrer la thèse de notre cher Maurice. J'aurai beaucoup de mal, je l'avoue, à donner raison à notre "secrétaire général" en m'appuyant sur les ouvriers de la SNECMA : mes observations infirmaient totalement cette thèse fantasmagorique ! Avec le recul, on mesure combien la disparition de Staline, en 1953, mettait un terme à une imposture idéologique, et les communistes français ne l'ont pas compris...

























8ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri

Gabriel Enkiri - En somme, pour vous, c'est bien la mort de Staline, en 1953, qui marque le tournant du siècle ?

Réponse - Oui, tout va se précipiter, et pourtant nous allons être trompés pendant quelques années par les prouesses spatiales de l'URSS, entre 1957 et 1961. Chez nous, en 1954, Pierre Mendès France vient au pouvoir. Sa promotion correspondait à l'avènement de la société de consommation. Le PC ne s'y est pas trompé; sa thèse "sur la paupérisation absolue de la classe ouvrière" visait également à contrer ce que l'on appelait le "néo-capitalisme" incarné par PMF. Celui-ci rêvait d'installer en France un système à la britannique, bi-partis, avec un grand parti travailliste face à un parti conservateur. Il a échoué parce que la division politique de notre pays est telle que le Président du Conseil peut être renversé à tout moment par la fronde d'un petit parti. Ce que de Gaulle a parfaitement compris lorsqu'il a jugé préférable de faire élire le Président au suffrage universel. On dit que nous avons un Président-Roi, c'est vrai, mais il est élu, ou réélu, tous les 5 ans. Il est vraisemblable qu'Arnaud Montebourg rêve lui aussi d'une 6e République avec ses deux grands partis, à l'anglaise, ou à l'américaine. Lorsqu'on voit le morcellement des partis français, c'est "mission impossible". L'échec de Mendès France est là pour nous le rappeler; l'élection d'un Président au suffrage universel contraint les partis à se rassembler pour gouverner.
Les grands journaux de "gauche", le Nouvel Obs et le Monde notamment, ont glorifié les réussites spatiales de l'URSS et par conséquent contribué à maintenir le mythe d'un "socialisme d'Etat" en URSS. Pour eux, malgré ses imperfections, le "régime soviétique" avait réussi l'exploit de transformer des "moujiks" en ingénieurs, en "conquérants de l'espace" (sic).
C'est en 1954, sous Mendès France que j'ai découvert, ce que l'on appelle, les "juifs" ! Jusque là, malgré mes origines, je n'en savais rien ! J'ignorais même que nous avions été dénoncés comme "juifs" sous l'occupation - c'est mon frère qui me l'a appris récemment - et je me suis remémoré la frayeur de ma mère lorsque les gendarmes étaient venus à la maison pour "enquêter". Un voisin, sans doute, m'a-t-il dit, peut-être par jalousie avait donc adressé une lettre anonyme bien sûr. Ma mère étant née à Guiscriff, près du Faouët, l'enquête tourna court, mais ce nom, et ce père qui venait de Palestine - sous mandat britannique ! - devaient intriguer. En 1954 donc, Mendès France règnant à Matignon, la cellule bourgeoise du 17e arrdt se divisa en deux camps : les pro-Mendès et les anti-Mendès. Les camarades se disputaient vivement, et j'en étais déboussolé. Pour moi, Mendès était bien le représentant du "néo-capitalisme", et je ne comprenais pas la sympathie que certains éprouvaient pour lui. " Il n'est quand même pas si mal, rétorquaient-ils, il a fait la paix en Indochine, à Genève, et il nous a aidé à repousser victorieusement la CED (la communauté européenne de défense). Ces deux victoires, obtenues dans la seule année 54, nous avaient revigoré, l'année suivante à Bandung, les pays afro-asiatiques émergeaient avec la Chine, l'Inde, l'Egypte etc. La "direction collective" triomphait à Moscou. Et soudain, tout bascula ! Sans crier gare, la "troïka" moscovite débarquait à Belgrade, accueillie à l'aéroport par le "camarade" Tito, ce pelé, ce gâleux, cet "hitléro-trotskiste" dénoncé comme le pire ennemi du socialisme; les brochures qui le traitaient d'"agent de l'impérialisme" étaient encore à l'étude dans les cellules ! "Camarade, s'écriait Khroutchtchev, c'était une "erreur", on vient s'excuser, cela ne se reproduira plus" ! Beaucoup en tombèrent de leur chaise. Le choc était énorme; il faut savoir que le schisme yougoslave de 48-49 avait déchiré le parti; des milliers de militants avaient soutenu Tito contre Staline. Ils avaient été exclus et étaient devenus des pestiférés. Pierre Hespel, qui avait été le plus jeune déporté (à 17 ans) à Buchenwald, dirigeant du parti communiste dans le Nord nous raconta, en 1957, comment le parti avait plusieurs fois tenté de le tuer sur les chantiers du bâtiment où la CGT déclenchait la grève contre sa présence, allant jusqu'à scier les échafaudages ! La "réconciliation" avec Tito passait mal... Comme toujours je voulais comprendre
























9ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri


Je me rendis chez le secrétaire de la section du 17e arrdt, un brave type qui s'appelait Bassompière (je ne me souviens plus de son prénom). Surpris, il me demanda "qu'est-ce qui t'amène ?" - J'aimerais avoir des explications sur la "réconciliation" avec Tito - Ah, toi aussi ! s'écria-t-il... Il faut avouer, lâcha-t-il tout bas. "C'est vrai que c'est extraordinaire, mais je n'en sais pas plus que toi !" Et désignant les brochures qu'il avait sur une étagère " Celles-là, ce sont les vieilles. Tu les as lues... Il faut attendre les prochaines" fit-il avec un sourire qui laissait poindre, me sembla-t-il, quelque ironie, elles ne devraient pas tarder". Et il en profita pour me demander "comment ça se passait dans ma cellule". - Je ne comprends pas pourquoi il y a des camarades qui se disputent à propos de Mendès France... Pour moi, c'est un "agent du grand capital" et il vient de céder devant les Américains en signant les Accords de Londres qui réarment l'Allemagne... - Tu as raison, approuva le secrétaire de la section. Mais tu comprends, ce sont... (il hésitait : me croyait-il juif ?). Tu vois ce que je veux dire, ce sont... des juifs, et Mendès France est juif ! On a déjà eu un problème avec ces camarades il n'y a pas si longtemps - A quel propos ? demandai-je, toujours désireux d'apprendre... - Tu sais bien, avec leur Etat, Israël ! Certains étaient pour, d'autres étaient contre. Il y en a qui nous ont quitté à ce moment-là, certains sont même partis là-bas, fit-il avec tristesse. Et les Egyptiens ? Vous avez des Egyptiens dans votre cellule... - Ils ne comprennent pas pourquoi l'Union soviétique soutient Nasser. Ils disent que les communistes sont jetés en prison en Egypte, que Nasser est anti-communiste... - Ils sont agaçants avec leurs questions ! Ils troublent nos militants, je crois que la Fédé va leur demander de rendre leur carte.
Quelque temps plus tard, en effet, ces communistes égyptiens furent interdits de cellule. Ils rendirent leur carte en pleurant. Ainsi, derrière les victoires (trompeuses) qui nous grisaient, se dissimulait un autre cours en profondeur qui allait, lui, précipiter le parti dans la débâcle. D'ailleurs, Ilya Ehrenbourg, l'écrivain officiel du régime, publiait en URSS un livre au titre prémonitoire Le Dégel...

Gabriel Enkiri - On a l'impression en vous écoutant que le PC français n'était qu'une annexe de l'Union soviétique ! Et que sa disparition, somme toute, est logique. Pouvait-il survivre ? Est-ce que Marie-Georges Buffet peut encore faire quelque chose avec les restes ?

Réponse - C'est une vraie question. Personnellement, je n'y crois pas. Les rescapés du communisme ont sans doute leur place dans un grand parti "socialiste", social-démocrate peut-être. Mais la social-démocratie a-t-elle encore un avenir ? Est-ce que Blair et Schroeder, par exemple, sont des "sociaux-démocrates" ? A quoi bon un candidat "communiste" en 2007 ? Ça rime à quoi ? Non, voyez-vous, j'ai acquis la conviction que nous avons été victimes d'une fantastique mystification, la plus grande mystification de tous les temps : le "communisme" ! Et je m'en explique dans mon dernier livre qui vient de paraître...

Gabriel Enkiri - Ah ! Expliquez-nous comment vous en êtes venu à écrire, à publier ? Pourquoi n'avons-nous jamais entendu parler de vos livres, alors que vous êtes passionnant à entendre ?

Réponse - Il faut connaître le monde de l'édition et de la presse... Je suis entré dedans en quittant la SNECMA en 1958, et j'ai découvert que ce monde-là était branché sur le monde politique, par la force des choses, plus en France qu'ailleurs, et il n'est pas faux de dire que la France a quelque chose de "soviétique" tout simplement parce que la IIIe République (la République des enseignants !) a généré deux monstruosités : le soviétisme et le sionisme. Ou plus exactement ce sont les pays de l'Est - l'Allemagne, la Pologne et la Russie notamment - qui les ont engendrées, la France s'y trouvant impliquée par raccroc, si je puis dire, la classe politique de l'époque étant perméable aux influences étrangères, par le biais de la franc-maçonnerie (d'outre-Manche) et du socialisme (d'outre-Rhin). Ces deux puissances ont littéralement phagocyter le personnel politique français au point de le rendre "erratique", jusqu'à le conduire à participer à deux guerres mondiales, qui n'en font qu'une, la troisième (la même qui se poursuit) ayant déjà concrètement démarré en Irak - toujours au même endroit : le Proche-Orient !

Gabriel Enkiri - Si je vous comprends bien, le "monde de la presse et de l'édition" est aussi surprenant que celui de la SNECMA ?

Réponse - Ces deux mondes-là sont liés : ils sont "soviétisés". Ce qui veut dire que la réalité est occultée, et que ce qu'on appelle la vérité met un temps fou à surgir, un peu comme une rivière qui prend sa source au fin fond de la terre et qui mettra longtemps avant de faire surface. Voilà pourquoi mon expérience se révèle enrichissante : je parle du fin fond des profondeurs !
Je suis entré en "littérature" un peu comme je suis entré au PC : par la grande porte ! Après mon exclusion (temporaire : six mois) en 1956 (Guy Pettenatti, le secrétaire parlementaire de Charles Fiterman m'a appris, il y quelque temps, que c'était Annie Kriegel, la "papesse" du communisme en France, qui m'avait exclu !) contre la volonté de ma cellulle d'entreprise, j'ai beaucoup "gambergé", et beaucoup lu ! A la Nouvelle Gauche (petite organisation crée au même moment entre le PCF et la SFIO par des personnalités et des militants qui rejetaient les deux partis - Budapest et Suez !) j'ai rencontré des personnages étonnants et passionnants, y compris de vieux militants qui avaient connu Lénine et Trotski ! Là encore, dans ce milieu intellectuel et bourgeois, j'étais "le prolétariat en train de s'émanciper du stalinisme". J'avais créé un groupe Nouvelle Gauche à la SNECMA - avec celui de Renault qui, lui, avait été fondé par des cadres de l'entreprise nationalisée, nous étions la "base ouvrière" de l'organisation dont les leaders étaient principalement les fondateurs de l'Observateur : Claude Bourdet et Gilles Martinet. Les trotskistes (ceux de Boussel-Lambert étaient déjà là en sergents recruteurs) avaient pour mission de cornaquer les militants les plus "prometteurs". (Il semble que les frères Jospin, ou Trotspin, aient baigné dans ces eaux-là, mais je ne me souviens pas d'eux ! Et pourtant la Nouvelle Gauche tenait dans un mouchoir de poche, plus exactement dans une arrière-salle d'une librairie, rue de Chaligny, dans le 12e arrdt). J'avais pour cornac Lucien Kiner, un extraordinaire militant lambertiste qui rêvait de construire un vrai "parti communisre révolutionnaire". Anti-stalinien évidemment, il me fit lire tous les livres du "Vieux" (Léon). Je crois qu'il était réellement aliéné, comme tous les trotskistes, je veux dire que son univers mental siégeait à Petrograd, entre le Palais d'Hiver et le croiseur Aurore, et qu'il n'avait aucune possibilité d'en sortir, enfermé par une Révolution Mondiale mythique, assassinée par Staline, mais qui reprendrait son essor lorsque la "classe ouvrière" s'en émanciperait. Lucien était sûr de l'avenir : l'URSS un jour redeviendrait socialiste après une révolution qui renverserait la Bureaucratie stalinienne.





















10ème partie de l'auto-interview de Gabriel Enkiri

Gabriel Enkiri - Il y avait en somme déjà là, embryonnaire, le débat de fond entre réformistes et révolutionnaires, entre les tenants de la "nouvelle gauche" et ceux de la "vieille gauche", débat qui agite aujourd'hui les alter-mondialistes, et d'une manière générale la gauche dans son ensemble à la recherche d'un projet ?

Réponse - absolument ! Le retour au pouvoir de de Gaulle en 1958 aurait dû normalement générer ce débat à gauche. Malheureusement, la "gauche" s'est contentée d'être contre le Général, sans se renouveler. Et c'est pourquoi elle s'est retrouvée dans les bras de François Mitterrand, qui n'était même pas socialiste, mais qui incarnait, lui, le passé ! La victoire de Mitterrand, en 1981, a consacré la défaite (intellectuelle) de la gauche, sa démission. Malgré quelques tentatives ici et là, nous étions piégés. Ceux qui voulaient botter le cul au tandem de l'épouvante (Giscard-Barre) étaient bien obligés de voter Mitterrand, ce que j'ai fait !

Gabriel Enkiri - Le retour au pouvoir de votre père, en 1958, ne vous a-t-il pas fait problème ?

Réponse - Oui et non. Je ne regardais plus de Gaulle avec les mêmes yeux. Je l'avais quitté pour rejoindre un monde nouveau. Le communisme, c'était vraiment une autre patrie, une autre société. Et cependant, mon gaullisme de jeunesse m'a sans doute aidé à rester lucide. A la SNECMA, j'avais découvert un monde communiste qui n'était pas exactement conforme à l'image que l'on s'en faisait. J'avais touché la faille du doigt. De Gaulle n'était plus pour moi une alternative, j'avais trop investi dans la "reconstruction d'une nouvelle gauche". Et là j'ai encore eu la chance de mon côté : j'ai vécu Mai 58 (le retour au pouvoir de de Gaulle)à la SNECMA. J'ai vu alors le "parti communiste" complètement "déconner". Il déraillait, en fait, depuis 1956.

Gabriel Enkiri - Quels étaient alors vos rapports avec les "communistes" de l'usine ?

Réponse - assez tendus, ils étaient devenus inamicaux, sauf avec les copains de la cellule de mon équipe qui me faisaient confiance (ils avaient souvent adhéré à cause de moi). Le contexte "algérien" (l'insurrection avait été déclenchée en novembre 54) atténua les dissensions. Et surtout, j'arborais toujours mon petit sourire "ironique et triomphant". Je savais que j'avais raison, les événements me donnaient raison. Le 2 janvier 1956, les élections législatives anticipées, décidées par Edgar Faure (l'adversaire de Mendès au parti radical) donnèrent la victoire au "front républicain" constitué par Mendès France et les socialistes alors dirigés par Guy Mollet. Un jeune dirigeant du parti dans le 13e arrdt, un ancien métallo de la SNECMA, Bernard Jourd'hui, fut élu député - il était le plus jeune député de l'Assemblée Nationale. On lui prédisait une grande carrière, on parlait même de lui comme d'un futur "secrétaire général" (sans doute était-il déjà en concurrence avec Georges Marchais, un autre métallo, déjà secrétaire de la fédération de la métallurgie). Je parle de Bernard Jourd'hui parce qu'il a soudainement "disparu", comme si la Bièvre, cette minuscule rivière qui passe sous la SNECMA l'avait englouti dans " ses flots nauséeux". Bernard maîtrisait tout le 13e avec panache, il se sentait sûr de lui : n'avait-il pas chassé le "traître" André Marty (le "héros" des Mutins de la Mer Noire !) de sa permanence en le jetant dehors, sur le pavé ! Cet exploit l'avait propulsé à la Fédération de la Seine, rue Lafayette, cette puissante fédération où l'on décidait du sort de la carrière des plus dociles - après les évictio